Quand on aime sa piste, on l’entretient…

Le grip est un paramètre essentiel à la pratique de notre hobby, en particulier sur une piste en asphalte. J’entends souvent des gens se plaindre du manque de grip, de quoi parle-t-il? Se font-ils des idées? Cherchent-ils des excuses? Tour du propriétaire du grip sur le genevamodelcars raceway.

Depuis son installation à Meyrin, le genevamodelcars interdit l’utilisation de produits obscurs et en majorité toxiques regroupés sagement sous le nom de produits à pneus, ou traitements. L’utilisation de ces produits afin de changer la structure moléculaire du pneu et donc son comportement pendant la course remonte très loin, probablement aux années 80. L’idée globale d’un produit de traitement est de ramollir la gomme. Vous me direz, si on ramollit la gomme, pourquoi ne pas prendre des pneus directement plus tendres. Excellente question, le problème c’est que l’efficacité d’une roue ne réside pas exclusivement dans la dureté du pneu. Il y beaucoup d’autres paramètres qui font qu’une roue fonctionne ou pas.

Dans la plupart des courses autour du monde, le traitement est autorisé et/ou réglementé. Les pneus étant la plupart du temps imposés, on tend à en simplifier l’utilisation pour tout le monde en imposant un traitement. Le souci c’est que la qualité « moyenne » des pneus modernes est souvent gommée par le fait que le traitement les rend efficaces. Du coup, pour nous qui roulons « à sec », il est plus compliqué de trouver un « package » (roue + insert + pneu) qui fonctionne avec les températures variables de Genève.

Plus mous ou plus durs

Comme vous le savez certainement, nous avons mené des tests durant la froide saison (début mars) afin de déterminer quel pneu allait être utilisé pendant l’édition 2019 des series. C’est avec surprise que parmi les différents packages candidats, les roues produites par Hudy sous la référence A1-36 se sont montrées les plus efficaces mais également les plus plaisantes à rouler. Ce dernier paramètre doit être pris en compte à notre niveau, faire une course de club et se prendre la tête avec les pneus tout le week-end étant le meilleur moyen de dégoûter les gens.

Bref, vous l’aurez compris, le pneu de l’année est dur (36 shore), bien plus dur que celui de l’année passée (30 shore), et pourtant vous verrez dès le deuxième tour qu’il est bien plus efficace. Je ne vais pas épiloguer sur le pourquoi du comment, mais il semblerait que la gomme Hudy contienne plus de caoutchouc naturel que la gomme Sweep. Nous on retiendra surtout qu’il contient de la joie sur 5 minutes 🙂

La piste

L’idée générale c’est donc que personne ne nettoie ses pneus (procédé qui peut faire plus de mal que de bien selon le produit et la méthode employée) et personne ne traite. Les nouveaux ne sont pas perdus, inutile de jouer au chimiste pendant les essais, tout le monde part sur un pied d’égalité, et les gens rentrent avec les mains propres.

Oui mais voila, interdire le traitement aux gens, cela veut également dire que l’on se doit en tant que club d’être très exigeant sur la préparation de la piste. L’asphalte a tout d’abord été choisie avec le plus grand soin afin que le grain soit un bon compromis entre grip et usure. On fait ensuite très attention à la propreté de la piste. A la sortie de l’hiver la piste est nettoyée en profondeur au nettoyeur haute-pression et elle est régulièrement balayée manuellement par les membres qui viennent rouler. Si vous n’avez jamais roulé dans ces conditions, vous serez vite étonné de la propreté de la voiture à la fin de votre run!

En plus d’être balayée, la piste est régulièrement sucrée. En effet, on ne traite pas le pneu, mais on traite la piste…

Un peu de sucre, beaucoup d’idées

En plus d’utiliser des traitements douteux, « le reste du monde » peut avoir la mauvaise habitude de traiter ses pistes avec des dérivés de pétrole, parfois même du diesel (y compris sur des pistes en terre, argh!).

Vous vous doutez bien que dans notre approche écologique de la chose, il nous paraissait inconcevable de se diriger vers des solutions aussi crasses et nuisibles pour l’environnement. Nous traitons donc notre piste avec de l’eau sucrée, plus particulièrement du sirop de framboise premier prix. Cela signifie que vous pourriez réellement boire ce qui sort de notre machine à traiter (si, si).

La machine a été mise au point par l’un de nos membres expérimenté et a évolué plusieurs fois afin d’en améliorer l’efficacité. L’efficacité signifie ici trois facteurs:

  • L’uniformité du traitement sur la largeur de la piste
  • Le temps que met la piste à sécher après traitement
  • la facilité d’utilisation

Préparation idéale, mode d’emploi

Un petit mode d’emploi pour une préparation de piste optimale, c’est comme cela qu’on fait tomber les temps.

  1. Vérifier la machine: Avant de vaporiser quoi que ce soit, il est important de vérifier que le système fonctionne correctement et qu’aucune buse de vaporisation n’est bouchée ou endommagée. Pour cela, on met un peu d’eau claire au fond du jerrycan et on branche la batterie. Le brouillard de vaporisation doit être uniforme et aucune fuite ne doit être à déplorer.
  2. Vérifier la charge de l’accu: La machine utilise un LiPO 4s, qu’il convient d’utiliser avec un niveau de charge suffisant. Branchez-le sur votre chargeur si vous avez des doutes sur son état lors de l’étape précédente.
  3. Préparer le mélange: On met d’abord 1 ou 2 litres d’eau dans le jerrycan, puis les 3 litres de sirop, puis on complète avec de l’eau jusqu’au bouchon. Clairement, il va y avoir de la mousse mais pour le moment ce n’est pas important.
  4. Brasser le mélange et le laisser reposer: Etape très importante et souvent négligée, il faut refermer le jerrycan et la secouer autant que possible. Une fois mélangée, on la pose à l’envers histoire que le sirop se diffuse encore dans le liquide pendant le balayage. Un mélange uniforme est la clé d’une vaporisation uniforme.
  5. Préparer la balayeuse: La balayeuse se trouve dans l’abri à outil. Il suffit de déplier le manche et de le verrouiller par serrage des deux côtés. Je ne peux que vous recommander de vérifier la propreté de l’engin et de la nettoyer avec de l’air comprimé si l’utilisateur précédent a été négligent. On ne peut pas nettoyer une piste avec une balayeuse sale, logique.
  6. Balayer la piste: La piste fait 4 mètres de large, il est important de balayer toute la largeur, sans quoi le moindre écart hors de la trajectoire se soldera par un rapatriement de poussière. Ici, pas de trajectoire, il faut être méticuleux, commencer à gaucher faire un tour, puis le centre, puis à droite. Généralement entre 3 et 4 tours sont nécessaires pour obtenir une piste bien propre. A vous de voir si vous voulez balayer la zone verte, hors du tracé, mais il faudrait normalement la balayer en premier, puis faire la piste…
  7. Nettoyer la balayeuse: Qu’on le fasse tout de suite ou avant de la ranger importe peu, mais il faut vraiment souffler la balayeuse avant de la remettre à sa place. Il semble logique d’éviter de vider le bac de collecte au bord de la piste…
  8. Préparer la pulvérisation: Normalement votre mélange est prêt, on peut compléter le remplissage si la mousse a disparu. Le recette optimale est 27 litres d’eau et 3 litres de sirop. On déplie ensuite le chariot, on y dépose la caisse avec les pompe et le râteau. On vient insérer le jerrycan dans la caisse, elle va se positionner un peu de travers afin de maximiser le pompage. On insert le tube de pompage dans le liquide et on se dirige vers un « bras mort » du tracé.
  9. Pulvérisation: Une fois au milieu de la piste, il suffit de brancher le LiPO aux pompes. Le brouillard de pulvérisation est très fin, inutile de marcher vite. Le râteau fait 2 mètres, il faut donc 2 tours pour traiter la largeur de la piste. Pas de trajectoire, juste gauche, puis droite. S’il reste du liquide une fois la piste traitée, on décide si on repart pour deux tours comme avant, ou si on fait un seul tour sur la trajectoire cette fois, pour densifier le sucre uniquement là ou les voitures roulent.
  10. Nettoyage de la machine: Il est important de rincer le système, tant pour les pompes que pour les buses. Cela évitera également aux fourmis d’aller élire domicile dans les tuyaux. Pour cela, rien de plus simple, on rince le jerrycan a l’eau claire, puis on la remplit à moitié et on pulvérise de l’eau claire quelque part dans l’herbe (souvent en dessous des WC).
  11. Rangement: La balayeuse retourne dans l’abri à outils. La machine à vaporiser reste posée à la verticale sur le chariot, on ne la suspend plus, cela endommage les tubes et déforme les buses.

Le tout prend environ 30 minutes à faire proprement. On peut évidemment se faire aider et paralléliser les tâches mais attention au bon mélange de la solution.

Une fois la piste traitée, on évitera autant que possible de marcher dessus, les semelles ramenant de la poussière sur la piste. Inutile de rouler sur de l’humide, cela sera pire qu’avant traitement. La piste sèche relativement rapidement, cela vaut la peine d’attendre.

Dernier détail enfin, plus les voitures roulent, plus la piste se « gomme », donc plus le grip augmente. Roulez donc à plusieurs!